Mamans au foyer, soyez fières de vous !

bonneige

Hier, j’aurais dû reprendre mon travail, laisser ma fille de même pas 3 mois à quelqu’un que je connais pas, ainsi que mon autre fille de 19 mois. Au lieu de ça, au lieu de littéralement m’arracher le coeur, j’ai choisi de prendre un nouveau congé parental, comme je l’avais fait après la naissance de Coquillette. Dans ce billet, je vous parlais à l’époque de ce choix et de ses conséquences financières. Aujourd’hui, après avoir passé près de 2 ans en tant que mère au foyer, je voudrais revenir sur un autre aspect du congé parental : ce que je ressens au quotidien.

Etre mère au foyer, c’est plus qu’un métier, parce que ça ne s’arrête jamais. On donne le sein, on cuisine, on change des couches, on passe l’aspirateur, on fait les vaisselles, on gronde, on câline, on se bat pour faire dormir un bébé pendant 30 malheureuses minutes, on essuie des larmes, on mouche des nez, on étale de l’Arnica sur les petits bobos, on se réveille la nuit pour un cauchemar, une dent qui pousse, une tétée, on va chez le pédiatre, on se promène avec une poussette, un porte-bébé ou une écharpe de portage, on fait des lessives, beaucoup, on se fait vomir dessus, on oublie parfois de penser à soi et par penser à soi j’entends : manger, faire pipi, s’habiller autrement qu’en pyjama. Bref, ce n’est certainement pas la première fois que vous lisez ça, que vous soyez concernés ou non par le congé parental.

Mais en fait, je ne me plains pas du tout. C’est vrai, si j’avais repris le travail, je pourrais prendre une heure pour manger le midi, je pourrais aller aux toilettes, porte fermée, quand j’en ai envie, je pourrais passer environ deux heures par jour, tranquillou dans ma voiture, à écouter de la musique (de la vraie, pas des comptines), sans avoir à me retourner toutes les 30 secondes parce qu’un doudou est tombé ou que la route est trop longue, je pourrais parler à des adultes autrement qu’au téléphone, j’aurais une bonne raison de mettre des vêtements convenables chaque jour. Mais j’aurais aussi une énorme boule au ventre de devoir laisser mes filles. Je leur imposerais des horaires absurdes, déjà difficiles pour un adulte alors pour un enfant, n’en parlons même pas. Je ne pourrais pas cuisiner des petits plats maison pour Coquillette, et je ne pourrais plus allaiter Crapulette parce que je sais que tirer mon lait au bureau, je n’aurais pas pu tenir le rythme. Je raterais des étapes importantes de leur développement, je raterais peut-être la première phrase de Coquillette ou le premier fou rire de Crapulette. Elles passeraient plus de temps avec une assistante maternelle ou du personnel de crèche qu’avec leur propre mère. Et ça, je ne peux vraiment pas l’envisager. Le rythme infernal de ce métier à temps plein, je m’y suis habituée, et si mes journées sont fatigantes, elles sont tout de même agréables. J’aime être une maman 24h/24.

Il n’y a finalement qu’une seule chose qui soit vraiment difficile, en tout cas pour moi, c’est le manque de reconnaissance. Il n’y a pas de collègues ou de supérieur pour te dire que tu as bien fait ton job, on ne te remercie pas pour quelque chose que tu as particulièrement bien fait. Quand tu te surpasses, que tu accomplis des petits actes d’héroïsme au quotidien (si si je vous assure, il y a des moments où ça se rapproche de l’héroïsme), il n’y a personne pour le voir, personne pour le dire. Et quand on retrouve des amis pour une soirée, quand on aborde le sujet « boulot » et que chacun y va de sa petite histoire méga intéressante, à toi, on te demande plutôt « tu ne t’ennuies pas trop ? ». Je ne vous dis pas si par malheur, on se met à raconter des anecdotes sur nos journées. En quelques secondes, on s’aperçoit que les autres n’écoutent plus que par politesse, d’une oreille, sans voir quoi que ce soit d’intéressant à ce qu’on raconte. Quand mon homme rentre du travail le soir et que la maison est rangée, propre, les filles couchées, le repas préparé (évidemment, ce n’est pas le cas chaque soir hein), j’aimerais parfois qu’il remarque tout le bon boulot que j’ai fait, tout ce que ça m’a demandé comme énergie. Je ne lui en veux pas, il a eu une dure journée, il est content de rentrer et tout ça lui semble finalement naturel. Je sais que quelque part, il est quand même conscient du travail que je fais à la maison, j’aimerais simplement l’entendre de temps en temps…

J’ai fini par comprendre que cette reconnaissance que j’attendais ne viendrait pas forcément et qu’il valait mieux que ça vienne de moi, finalement. Alors aujourd’hui, je le proclame, et j’invite toutes les mamans au foyer à faire de même : je suis une bonne maman, une maman qui déchire ! Je sais que je peux être fière de moi et de tout ce que j’accomplis au quotidien, même si je ne fais pas toujours tout ce que je voudrais. Après tout, je ne peux quand même pas rallonger les journées ! Et mes deux filles qui progressent chaque jour, mes deux filles si adorables qui me remplissent de fierté plus que tout, sont le plus beau reflet de ma réussite.

PS : j’ai hésité avant d’opter pour ce titre, parce que j’ai eu peur qu’il soit mal interprété. Je voudrais donc préciser que toutes les mamans peuvent être fières d’elles et de leur choix, qu’elle aient repris une activité professionnelle ou non. Simplement, je voulais envoyer un petit message de sympathie aux mères au foyer qui, comme moi, manqueraient parfois un peu de reconnaissance.

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3 réflexions sur “Mamans au foyer, soyez fières de vous !

  1. Le jour où ma mère m’a dit que je suis une bonne mère… et que mon enfant a de la chance d’avoir une maman présente… je me dis que ça vaut tout l’or du monde. Voir son enfant grandir, ça n’a pas de prix… tu sais que c’est la bonne chose à faire… c’est ce qui compte. Je suis fière de toi. Quand tu parles de ta journée avec tes enfants : ça se voit que tu les élève, les éduque… c’est à dire que tu as assumé très bien le rôle de maman. Un boulot de dingue, à plein temps… accoucher d’un bébé, ça ne fait d’une femme une maman… (mais quand tu dis ça à des femmes qui n’ont pas de choix… ça peut blesser)

  2. Bravo pour ce texte plein de bon sens ! Je suis aussi en congé parental et j’ai bien remarqué que ce qui intéresse les gens n’est pas mon quotidien de maman qui est pourtant la plus merveilleuse aventure que je connaisse mais plutôt ce que j’arrive a faire a côté en essayant de me lancer dans l’aventure free-lance. Il y a là un terrible manque de reconnaissance et ca ne va pas aller en s’arranger quand on voit que la durée du congé parental se réduit encore et encore…

  3. Merci pour ce texte! Franchement, j’ai été femme au foyer pendant 18 mois avec mon Petit Brocoli et j’ai ressenti exactement les mêmes choses que toi. Sauf que moi, avec ma recherche d’emploi, je n’arrivais pas à m’organiser. C’était soit je m’occupais bien de mon fils soit bien de la maison mais très rarement j’ai réussi à concilier les deux. Quant au manque de reconnaissance, oui, il y en a, mais ce qui fait le plus mal c’est le jugement des autres « mais qu’est-ce que tu fais toute la journée? » « tu ne t’ennuies pas trop » « tu es une femme soumise en fait » « il va p-e falloir que tu ailles chercher du travail, sinon ton fils va trouver ça normal qu’on lui passe toujours derrière »… Bref, plein de petites réflexions toujours dans l’espoir de m’aider hein!? Et puis, la j’ai repris le travail, je suis en congé mater et je devrai laissé mon bb2 à une inconnue quand il n’aura que 2 mois et demi car je n’ai pas assez d’ancienneté pour pouvoir prendre un congé parental. Ca me fend le coeur. Bravo à toi et tiens bon, apparemment, tu t’en sors très bien!

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