Quand elle est née… Episode 2 : l’enfer

Aujourd’hui est un jour spécial. Un jour que personne ne remarquera pourtant. Sauf moi. Parce qu’on ne peut penser à ce genre de choses que lorsqu’on a porté son enfant pendant neuf mois ou presque. Aujourd’hui, ma Coquillette a officiellement passé plus de temps sur cette terre que bien au chaud dans mon ventre.

N’est-ce pas l’occasion idéale pour vous raconter la suite de mon accouchement ? Pour ceux qui auraient raté le début, c’est ici ! Et vous vous en doutez, comme le premier épisode s’intitulait le paradis, le second se nomme l’enfer… Bon j’avoue que j’exagère un tout petit peu parce que finalement, tout est bien qui finit bien, mais j’ai vécu les heures les plus longues et douloureuses de ma vie…

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Je m’étais donc arrêtée au moment où je décidais finalement de demander la péridurale et de biper l’aide-soignante.

Lorsqu’elle arrive, je suis à moitié couchée, à moitié assise et j’arrive encore à maîtriser suffisamment la douleur pour lui parler normalement et poliment. Il faut que je vous dise qu’avant l’accouchement, j’avais terriblement peur de crier haut et fort à cause des contractions, je voulais garder ma dignité et blablablablabla… C’est donc très digne que je lui explique que finalement, j’aimerais bien avoir la péridurale maintenant s’il vous plaît. Elle part chercher la sage-femme qui arrive en trombe et m’explique qu’elle ne peut pas venir maintenant, qu’une autre femme enceinte est sur le point d’accoucher et qu’il y a des complications. Elle ajoute qu’elle viendra dès qu’elle aura fini. Pas de problème, je comprends, bien sûr. Et puis de toute façon je l’ai bien cherché à attendre la dernière extrémité avant de demander la péridurale… Il doit être à peu près 14 heures à ce moment là et aux dernières nouvelles, je suis ouverte à 4cm. On attend, on attend. Je sens les contractions se rapprocher, j’ai de moins en moins de répit à chaque fois et je commence à trépigner d’impatience. Au bout d’un moment, après quelques hésitations quand même, je bipe à nouveau l’aide-soignante. Quand elle entre, je prends sur moi pour lui dire le plus calmement possible : « excusez-moi, mais en fait je commence à avoir vraiment très mal là ». Malgré mes efforts, ma voix tremble et ma douleur s’entend. Elle repart après m’avoir expliqué que la sage-femme était toujours en plein accouchement et qu’elle viendrait après. C’est là que je me suis transformée.

J’ai perdu tout contrôle de moi. Quand on n’a pas connu une telle douleur, on ne peut pas du tout se l’imaginer et d’ailleurs, je ne m’en souviens pas vraiment. Je sais juste que j’ai eu très très mal. Pour les futures mamans, je vous rassure quand même, si vous décidez suffisamment tôt de demander la péridurale, vous n’aurez pas de genre de soucis, ou pas autant en tout cas. Et si vous ne voulez pas de péridurale, vous serez sûrement moins bête que moi et vous vous serez suffisamment préparée à supporter la douleur. Bref, je reviens à nos moutons.

A chaque contraction, toutes les deux minutes puis toutes les minutes à présent, je hurle, je pleure, je me tortille sur moi-même, je me retiens de justesse pour ne pas mordre de douleur la main de mon homme qui est complètement désemparé à côté de moi. A la place, je mors les draps, l’oreiller, tout ce qui passe à ma portée. Et en plus, je me mets à avoir très peur parce que nous sommes seuls dans la salle, et que j’ai l’impression de sentir mon bébé arriver. Je me fiche complètement de ce qu’on pensera de moi en m’entendant hurler. Au diable mes fichues idées sur la dignité !

Je suis incapable de me retenir de pousser maintenant et entre deux sanglots, j’arrive à articuler : « ils ont pas le droit de me laisser comme ça ! il faut qu’ils viennent ! elle va arriver ! » Mais non mais non, qu’il me répond mon mari, bien intentionné mais là, j’ai juste envie de lui dire qu’il comprend rien et qu’il ne sait pas de quoi il parle alors que moi, oui !!

Et puis d’un seul coup, vers 16h (donc deux heures après que j’aie demandé la péridurale pour celles qui ont bien suivi), les troupes arrivent. C’est vraiment l’impression que ça m’a fait en tout cas. La sage-femme, des aides-soignantes : toutes se précipitent dans la salle et se mettent à tripoter des trucs à droite à gauche, en me regardant à peine. La sage-femme s’installe pour m’examiner. Nouvel éclair de douleur. Voilà qu’elle m’annonce que je suis ouverte à 8 cm ! Ah, j’l’avais pas dit qu’il était temps ?!

Et alors que je m’attends à être enfin soulagée, voilà qu’elle m’assène le coup de grâce. « Bon l’anesthésiste doit d’abord s’occuper d’une césarienne qui va commencer, il viendra après ». Avec le peu de lucidité qui me reste, je réalise que dans le meilleur des cas, il me faudra attendre encore 20 minutes avant qu’on me pose la péridurale. Je pense : « je ne pourrai pas tenir ». Je suis épuisée, à bout de forces. Je sens les larmes couler sur mon visage.

Et là, l’anesthésiste entre, tel un chevalier chevauchant son noble destrier, pour annoncer que l’obstétricien chargé de la césarienne est en retard, et qu’il va donc commencer par ma péridurale. Gratitude. J’ai su ce que c’était ce jour-là, je vous le dis. Il me demande de m’asseoir. Je réponds que je ne peux pas. « Ah, mais il va bien falloir madame ! » Je tends les bras pour qu’on m’aide, ma vision s’obscurcit quand je me redresse et je tombe quasiment dans les pommes. Nouvelle contraction, je ne peux pas m’empêcher de pousser mais l’anesthésiste me râle dessus. « Si vous poussez maintenant, vous allez causer un abcès. Respirez comme un petit chien ». Je m’exécute, ça marche un peu. Mais pourquoi je n’y ai pas pensé avant ? Et pourquoi personne d’autre ne me l’a rappelé ? La contraction passe, il pique. Pour la forme, je dis aïe, mais en fait je suis plutôt contente de sentir cette minuscule piqûre, comme celle d’un insecte. Je suis contente d’avoir mal ailleurs mais surtout, d’avoir mal comme j’ai l’habitude d’avoir mal dans la vie quotidienne quand je me coupe ou que je me cogne, c’est-à-dire vraiment pas beaucoup. Je me suis tellement tortillée que ma blouse tombe et que ma poitrine se retrouve à moitié à l’air. Je m’en fous complètement.

A 16h20, enfin, je redeviens moi-même après l’heure que je viens de passer, digne de l’exorciste. Je me sens comme si j’avais fumé trois joints d’affilée (je n’ai jamais fumé mais je suis à peu près sûre que ça fait cet effet-là). Mais je suis BIEN. Je sens un truc bizarre dans ma cuisse gauche mais c’est pas grave, je vais pas chipoter hein.

Les contractions continuent mais je ne sens plus rien du tout, l’anesthésiste a été généreux ! Heureusement, le monito qu’on m’a à nouveau installé les annonce. Quand la sage-femme revient m’examiner et qu’elle annonce que c’est le moment, ça tombe presque comme un cheveu sur la soupe. Ah oui ? Déjà ? Tout se passe très vite, ma gynéco arrive et s’installe, on me dit quand pousser parce que moi franchement je ne m’en rends pas compte. La scène est presque surréaliste, je n’ai pas vraiment l’impression d’être en train d’accoucher. Je mets toutes mes forces pour pousser et au bout de quatre contractions, l’affaire est réglée, (je ne sus qu’après que j’avai eu le droit à l’épisio et à la ventouse) voilà ma princesse qui se met à pleurer et qu’on me pose sur le ventre.

J’ai toujours trouvé ça dégoûtant, quand les bébés sortaient du ventre de leur mère, tout sales et englués. J’avais peur de ressentir ça le jour de la naissance de ma fille mais ce fut tout le contraire. J’ai eu envie de la prendre dans mes bras, de la serrer contre moi pour la protéger, la rassurer, lui dire que tout allait bien. Je l’ai embrassée et je n’ai plus pensé qu’à elle. Oubliée la gynéco qui s’affairent encore entre mes jambes, oubliée la douleur maintenant loin derrière moi. Bon, pas oublié le papa quand même, je vous rassure, hein ! Ce fut un beau moment partagé à trois, même s’il y avait plein de monde autour de nous. Cet instant et ceux qui suivirent suffirent à faire de cette journée la plus belle de ma vie, n’en déplaise à Florence Foresti. Oui, j’ai souffert, oui j’en ai bavé, mais c’est ce jour-là que j’ai pu tenir ma fille dans mes bras pour la première fois. Et ça passe au-dessus de tout le reste.

 

Je vous raconterai bientôt le séjour à la maternité qui suivit et qui, même sans être un enfer, a été très loin du paradis !

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3 réflexions sur “Quand elle est née… Episode 2 : l’enfer

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